Johann Dizant

Entre mes murs

« Confiné entre mes murs, j’ai rencontré un homme enfermé dans cette enveloppe charnelle.  Un être aigri, abîmé… il semblait si seul !  Nous avons pris le temps de nous asseoir, de nous découvrir, de mettre des mots, de construire des idées, de rire et de nous questionner sur notre avenir.

Moi qui pensais être éternel, face à cette pandémie, la réalité me rattrapait… je n’étais qu’un éphémère, un homme de passage, une vague en pleine mer !  Qu’avais-je fait de cette liberté ? Qu’avais-je fait de ce temps ? Qu’avais-je fait de mes rêves ? Qu’avais-je fait de cette vie ?

Pris par un sentiment d’étouffement, je me suis empressé d’ouvrir la fenêtre. Sur mes deux jambes asphyxiées, le soleil m’a pris dans ses bras, le vent m’a caressé le visage et mon âme s’est libérée. Le sens de la vie me paraissait évident. J’étais un maillon d’une chaîne, ma place était d’être là, être simplement là afin de protéger l’autre. Ce confinement m’offrait la chance de devenir, de me révéler et de construire une vie différente.

Quand je me suis retourné pour partager cet espoir avec cet homme… il n’y avait plus personne ! Entre mes murs, je n’étais cependant plus seul… nous étions tous ensemble dans cette aventure! »

Johann buste bxl 1

L'Etat et le citoyen

Les années passent, mais rien ne change.

 

L'État et le citoyen

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.

Un citoyen se désaltérait
Au robinet d'une onde pure.
L'État survient fauché qui cherchait aventure,
Et que le gain en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de t'approprier mon breuvage ?
Dit ce pays plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Monsieur le Président , répond le citoyen, que votre gouvernement
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'il considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
D'une ressource naturelle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis m'approprier sa boisson.
- Tu te l'accapares, reprit cet État cruel
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit le citoyen, je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous,  misérable peuple
On me l'a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
L'État l'emporte, et puis le taxe,
Sans autre forme de procès.

Johann DIZANT

La Wallonne et la Flamande

Avec l’ironie de La Fontaine et l’autodérision à la Belge, je vous propose la fable :

La Wallonne et la Flamande


La Wallonne, ayant trinqué
                  Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit apéro
De fromage ou de chorizo
Elle alla crier famine
Chez la Flamande sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque amuse-bouche pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foie cirrhosé
Intérêt bien consommé
La Flamande n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je prenais l'apéro, ne vous déplaise.
Vous preniez l'apéro ? j'en suis fort aise :
Et bien ! travaillez maintenant.