écriture

Entre mes murs

« Confiné entre mes murs, j’ai rencontré un homme enfermé dans cette enveloppe charnelle.  Un être aigri, abîmé… il semblait si seul !  Nous avons pris le temps de nous asseoir, de nous découvrir, de mettre des mots, de construire des idées, de rire et de nous questionner sur notre avenir.

Moi qui pensais être éternel, face à cette pandémie, la réalité me rattrapait… je n’étais qu’un éphémère, un homme de passage, une vague en pleine mer !  Qu’avais-je fait de cette liberté ? Qu’avais-je fait de ce temps ? Qu’avais-je fait de mes rêves ? Qu’avais-je fait de cette vie ?

Pris par un sentiment d’étouffement, je me suis empressé d’ouvrir la fenêtre. Sur mes deux jambes asphyxiées, le soleil m’a pris dans ses bras, le vent m’a caressé le visage et mon âme s’est libérée. Le sens de la vie me paraissait évident. J’étais un maillon d’une chaîne, ma place était d’être là, être simplement là afin de protéger l’autre. Ce confinement m’offrait la chance de devenir, de me révéler et de construire une vie différente.

Quand je me suis retourné pour partager cet espoir avec cet homme… il n’y avait plus personne ! Entre mes murs, je n’étais cependant plus seul… nous étions tous ensemble dans cette aventure! »

Johann buste bxl 1

Extrait de Sabrina sur la radio RCF

 

Cinq auteurs contemporains de ce nouvel Instant littéraire proposé par Guillaume de Louvencourt.

Découvrez un extrait de Sabrina par Guillaume de Louvencourt sur les ondes de RCF.

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Sacré Gérard

Il n'y a rien d'angoissant dans une page blanche ! C'est la page écrite, moi, qui aurait tendance à me faire peur, tous ces feuillets noircis, c'est impressionnant. C'est exactement cela : j'ai l'angoisse devant la page noire.


Gérard Depardieu


Gerard depardieu tel qu en lui meme m148763

L'écriture à haute voix

Avant le mal de tête d'après fêtes, je vous invite à découvrir ce texte de Roland Barthes. Roland barthes 02

 

"S'il était possible d'imaginer une esthétique du plaisir textuel, il faudrait y inclure l'écriture à haute voix. Cette écriture vocale (qui n'est pas tout à fait la parole), on ne la pratique pas, mais c'est sans doute elle que recommandait Artaud et que demande Sollers. Parlons-en comme si elle existait.

Dans l'antiquité, la rhétorique comprenait une partie oubliée, censurée par les commentateurs classiques : l'actio, ensemble de recettes propres à permettre l'extériorisation corporelle du discours : il s'agissait d'u, théâtre de l'expression, l'orateur-comédien « exprimant » son indignation, sa compassion, etc. L'écriture à haute voix, elle, n'est pas expressive ; elle laisse l'expression au phéno-texte, au code régulier de la communication ; pour sa part elle appartient au geno-texte, à la signifiance ; elle est portée, non pas par les inflexions dramatiques, les intonations malignes, les accents complaisants, mais par le grain de la voix, qui est un mixte érotique de timbre et de langage, et peu donc être lui aussi, à l'égal de la diction, la matière d'un art : l'art de conduire le corps (d'où son importance dans les théâtres extrême-orientaux).

Eu égard aux sons de la langue, l'écriture à haute voix n'est pas phonologique, mais phonétique ; son objectif n'est pas la clarté des messages, le théâtre des émotions ; ce qu'elle cherche (dans une perspective de jouissance), ce sont les incidents pulsionnels, c'est le langage tapissé de peau, un texte où l'on puisse entendre le grain du gosier, la patine des consones, la volupté des voyelles, toute une stéréophonie de la chair profonde : l'articulation du corps, de la langue, non celle du sens, du langage. Un certain art de la mélodie peut donner une idée de cette écriture vocale ; mais comme la mélodie est morte, c'est peut-être aujourd'hui au cinéma qu'on la trouverait le plus facilement. Il suffit en effet que le cinéma prennent de

très près le son de la parole (c'est en somme la définition généralisée du grain de l'écriture et fasse entendre dans leur matérialité, dans leur sensualité, le souffle, la rocaille, la pulpe des lèvres, toute une présence du museau humain (que les voix soient fraîches, souples, lubrifiées, finement granuleuses et vibrantes comme le museau d'un animal, pour qu'il réuisse à déporter le signifié très loin et à jeter, pour ainsi dire, le corps anonyme de l'acteur à mon oreille : ça granule, ça grésille, ça caresse, ça râpe, ça coupe : ça jouit."

 

Roland Barthes